La tolérance et les Gilets jaunes

Une des raisons profondes -sinon la principale- à l’origine du mouvement des Gilets jaunes est l’expression d’un trop plein des Français à l’encontre de leurs dirigeants qui les grugent, les paupérisent, les pénalisent, les marginalisent outre mesure. En un mot, les limites de la liberté, du raisonnable c’est-à-dire de la tolérance sont atteintes. Sans entrer dans un débat politico-philosophique qui dépasserait le cadre de cet article, il est intéressant d’essayer de comprendre ce qu’est la tolérance, de suivre son évolution jusqu’à aujourd’hui et de suggérer une solution lui permettant de sortir de la crise qu’elle traverse chez nous, en France.

Définition et historique de la tolérance

C’est le marquis de Sade qui en donne la définition la plus courte : « La tolérance est la vertu des faibles » mais il y en a une foule d’autres moins catégoriques, plus constructives, telle celle du Larousse pour qui elle est l’« action de supporter avec patience, avec bienveillance, des personnes qui professent des idées ou manifestent des sentiments contraires aux nôtres ». Remarque: de nombreuses définitions précisent que la tolérance implique un effort de compréhension réciproque, faute de quoi « ça ne marche pas ». Ou que si elle devient trop grande, elle éclate, se trouve réduite à l’impuissance et ouvre la porte à une foule de malédictions. Elle doit donc avoir une limite.
La tolérance existe depuis que le monde est monde mais en France, à l’exception du fameux « Fais ce que voudras » de Rabelais, ce sont les huit guerres de religion commencées en 1562 et terminées en 1598 par la promulgation de l’édit de Nantes qui ont donné un caractère officiel mais religieux à la tolérance. Et fournir à Voltaire l’occasion d’écrire son « Traité sur la tolérance » publié en 1763.
Plus tard, avec la révolution industrielle et l’apparition du socialisme, on a cherché à démocratiser la notion tolérance dans le cadre d’une économie sociale. C’est le cas de Proudhon avec son « Idée générale de la Révolution au 19ème siècle » ou de Fournier avec son Phalanstère. Mais le plus bel exemple d’application pratique de la tolérance dans la vie courante est celui de Godin avec son Familistère de Guise, son « Palais social de l’avenir » qui a fonctionné pendant un bon siècle jusqu’en 1968. Tout avait été bien pensé par Godin sauf la question de la transmission des appartements. Quant à la limite de la tolérance au Palais -car nous avons dit plus haut que toute tolérance devait avoir une limite- c’était le travail.

La tolérance aujourd’hui

En 2015 l’attentat contre Charlie Hebdo a eu la conséquence surprenante de faire décoller en flèche les ventes du Traité sur la tolérance écrit par Voltaire en 1763. En effet, depuis cet attentat, les français ont commencé à se questionner sérieusement sur la dangerosité d’une trop grande tolérance.
Les évènements qui se précipitent -immigration galopante, pression fiscale inique, gouvernements nombrilistes entre autres ont fait que la tolérance atteint aujourd’hui un point de non-retour. Ce qui complique les choses vient aussi du fait que la tolérance englobe un bon nombre de composantes dont la liberté, la confiance, la réciprocité, la générosité, le respect, la non-discrimination et qu’il suffit qu’une de ces composantes soit mise à mal pour provoquer une réaction en chaîne dévastatrice.
Mais finalement, en voyant les choses d’un peu plus haut, force est d’admettre que nous nous trouvons actuellement dans la même situation qu’en 1562, c’est-à-dire confrontés à une guerre de religion avec cette différence que les parties opposées ne sont plus catholiques et protestants mais chrétiens et musulmans. Avec le problème supplémentaire que chez les musulmans religion, culture et politique ne font qu’un ce qui rend illusoire l’idée de régler le conflit d’un bloc par un nouvel édit de Nantes.
En attendant, les musulmans avancent méthodiquement leurs pions. Leurs manifestations les plus condamnables sont les attentats mais il y a plus insidieux, comme le développement des mosquées mais surtout le port du voile par les musulmanes. Et il se pourrait bien que ce simple morceau d’étoffe associé à l’incapacité de nos dirigeants soit devenu le catalyseur des vicissitudes concrétisé par le mouvement des Gilets jaunes.
Pourquoi accorder une telle importance au voile ? Tout simplement parce que la vue de son port nous oblige sciemment ou non à tolérer l’intolérable. Intolérable car ramenant la femme à une soumission anachronique, situation impensables pour la femme occidentale évoluée et libérée.
Il n’est donc pas surprenant que la tolérance, pourtant toujours prônée entre autres par un grand nombre de religions, et qui a longtemps été un réflexe conditionné chez l’homme désireux par nature d’entretenir de bons rapport avec son entourage, soit en décomposition.

L’intolérance

Autant la tolérance est protéiforme, autant l’intolérance est catégorique. Pour son auteur c’est un avantage et un inconvénient. Un avantage car elle ne souffre aucune discussion; un inconvénient car ses conséquences peuvent être graves, voire dramatiques. Dans le cas de la situation actuelle en France nos dirigeants, sous couvert de tentatives de réconciliation avec le peuple, se montrent en fait intolérants en réprimant tout ce qui n’est pas dans la ligne de conduite qu’ils se sont fixée, tout ce qui n’est pas « politiquement correct ».
C’est ainsi que leur intolérance aboutit à une justice à deux vitesses, à une méfiance diabolique, à de multiples discriminations, à des décisions impopulaires, au contrôle des médias, à l’instauration de la censure, à des répressions policières injustifiées qui sont autant d’atteintes à la liberté qui est pourtant le principal pilier de la démocratie.
Mais il y a plus perfide que l’intolérance, c’est la politique de l’autruche adoptée pour éviter d’aborder les sujets qui fâchent et qui comme par hasard sont ceux qui préoccupent les français. Cette lâcheté de la part de leurs auteurs dénote au mieux l’incapacité de donner suite et au pire sert de camouflage pour agir sans consultation des intéressés. Avec le risque que dans ce cas la réaction des lésés soit encore plus violente qu’en face de l’intolérance.
Une intolérance grandissante face à une tolérance en déliquescence signifie pour le peuple la soumission ou la guerre. A moins que nous ne repensions la tolérance.

Repenser la tolérance

Il y a conflit sur notre sol entre notre culture occidentale tolérante et la culture musulmane qui ne l’est pas. Pourtant, un monde sans la moindre tolérance est impensable. La solution consisterait à adapter la tolérance à la situation actuelle. Voici la position de deux philosophes sur le sujet.
Partant de l’exemple du voile Zarka estime qu’il y a là confrontation de deux approches comportant chacune une part de légitimité et ce n’est pas par la force que l’on effectuera le rapprochement. Alors ? Maintenir notre différence est-ce faiblir ? Nous défendre est-ce nous modeler sur eux (les musulmans) ? se demande madame Habib. D’après elle, c’est aux musulmans de faire le premier pas et de reconnaitre la liberté de conscience.
Cet édit de Nantes version 21ème siècle nous permettrait de voir la tolérance sous un angle nouveau car il y aurait un point commun entre les parties, une base d’accord. On aurait ainsi un moyen d’accès aux autres composantes de la tolérance, et partant de lui redonner une certaine consistance. Tout en sachant que « la tolérance n’est pas une disposition morale pour s’entendre, mais faute de s’entendre ».
Qu’il nous soit permis de rêver. En attendant Gilets jaunes et gouvernement continuent de se regarder en chiens de faïence. Et la France s’affaiblit, mais c’est une autre histoire.

A visionner: Petite touche d’humour d’une cinquantaine d’années mais tout à fait de circonstance : http://ina.fr/video/I15180035

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Comments

  • Merci pour cet excellent article qui mérite une bien plus grande diffusion.Je vais m’y employer pour ce qui me concerne…

  • Bel article…
    Prise de conscience, tolérance, intolérance …un résumé factuel qui nous fait réfléchir !

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