Le champagne a bien failli ne jamais voir le jour

 

 

Quand on voit aujourd’hui le succès planétaire que connait le champagne, on a du mal à imaginer que sa gestation au fil des siècles est plus le fait d’heureux concours de circonstances que d’une politique viti-vinicole élaborée. Les principaux acteurs en sont les Bourguignons puis un peu plus tard les Anglais. Sans oublier l’incontournable Dom Pérignon.

 

Les vins de Bourgogne sont à l’origine du vignoble champenois « moderne »

Au début du 17ème siècle on produisait du vin un peu partout en France. La Champagne ne faisait pas exception à la règle, avec cette particularité que la vigne n’était cultivée que dans quelques endroits choisis, notamment sur la « montagne ». La plaine, alors appelée « Champagne » n’était pas exploitée en raison de son sol trop ingrat. Vint néanmoins le moment où il devenait utile de trouver un nom pour qualifier les vins de la région. Et ce fut « vin de Champagne », désignation qui souleva un tolle, car composé de deux mots s’excluant l’un l’autre : cela ne marchera jamais ! Et pourtant, quelques décennies plus tard, vers 1650 était créée l’appellation « champagne ».

Le développement du vignoble champenois ne manque pas non plus d’originalité. C’est là que la Bourgogne intervient. La Bourgogne dont les vins étaient déjà extrêmement réputés et s’exportaient en masse depuis Beaune vers l’Europe du Nord, Belgique et Pays Bas en particulier. Et la route empruntée passait par Reims, très gros centre commercial à l’époque. La suite des évènements tombe sous le sens : les champenois vont s’inspirer de la viti-viniculture bourguignonne pour créer la leur. Sitôt dit, sitôt fait et bien fait puisque bientôt les Bourguignons vont s’apercevoir que les Champenois commencent à leur faire de l’ombre. Et en plus, ne voilà-t-il pas que Louis XIV décide de se faire sacrer à Reims en 1654. Un coup de pub sensationnel pour les vins locaux.

Comme on ne parvenait pas à déterminer à l’amiable lequel des vins de Bourgogne ou de Champagne était le meilleur et que le conflit menaçait, ce sont les médecins de Louis XIV, dont Fagon, qui eurent à résoudre le problème en déterminant  celui des deux vins qui était le meilleur pour la santé. Le Bourgogne sortit vainqueur de la compétition.  Ouf ! Mais à l’époque, les Bourguignons ignoraient qu’ils n’auraient bientôt plus rien à redouter de la part des Champenois comme nous allons le voir maintenant.

 

Les Anglais font sauter le bouchon

Vous l’aurez certainement remarqué : jusqu’à présent nous n’avons parlé que de vins tranquilles. Or le plus intéressant de l’histoire commence maintenant avec l’entrée en lice du mondialement célèbre Dom Pérignon. Comme on le sait, Dom Pérignon, bénédictin en l’abbaye d’Hautvillers, fut promu en 1668 gouverneur des vignes, pressoirs et celliers de ladite abbaye, laquelle, fondée au 6ème siècle, jouissait d’une solide réputation question vin. Dom Pérignon s’avéra être surtout un chercheur assidu. On lui doit notamment l’invention des assemblages de vins qui permettent d’obtenir une qualité de champagne constante d’une année sur l’autre.

Mais il découvrit surtout que la Champagne gagnerait à se faire connaître au travers d’un vin typique : un vin gris, frais, plaisant et moins chargé en alcool que les rouges d’alors. Ce vin aurait été parfait s’il n’avait pas eu la fâcheuse tendance à « pousser le bouchon » de la bouteille au bout d’un certain temps. Nous sommes dans les années 1700. Les Anglais sont déjà de bons clients pour les vins français et se tiennent au courant des nouveautés. Ils tombent sur ces vins indociles de la Champagne. Et partent d’un énorme éclat de rire car eux connaissaient déjà le vin mousseux. Ils furent donc à l’origine du vin mousseux de Champagne. Puis très rapidement on réserva le nom de Champagne aux seuls vins mousseux de la région. Après une gestation riche en émotions le Champagne voyait enfin le jour. La région devenait complètement autonome et n’avait plus rien à voir avec la Bourgogne.

 

Quelques mots sur le Champagne en 2019

C’est un fleuron de l’économie française dont le succès ne se dément pas. D’ailleurs un projet d’extension de la zone délimitée de production est à l’étude pour faire face à l’augmentation de la demande. Par rapport aux autres régions viti-vinicoles françaises, la Champagne bénéficie de deux privilèges exceptionnels : pas de plafonnement de la production à l’hectare et autorisation de mélanger vin rouge et vin blanc pour l’obtention d’un rosé.

Sur le plan réglementaire et promotionnel, le comité interprofessionnel local est le Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne (CIVC) qui est l’un des plus importants et des plus puissants de France. C’est lui qui se bat pour que dans le monde entier le mot « Champagne » et même depuis peu la désignation d’élaboration « méthode champenoise » soit réservée exclusivement aux vins mousseux produits dans l’aire géographique limite Champagne. C’est pratiquement chose faite aujourd’hui.

Le marché du Champagne comporte deux volets : celui des champagnes de marque (toutes les grandes maisons) et celui des producteurs, dont les coopératives. On observe généralement une différence de prix de l’ordre de 25% entre les deux.

Jusqu’à présent, le champagne était pratiquement sans concurrence, mais depuis un an ou deux le « cava » catalan et le « prosecco » italien commencent à se montrer menaçants du fait de leur très bonne qualité et surtout de leur prix très attractifs.

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