Simple manifestation de l’imagination débordante du grand surréaliste? Pas seulement ….

Depuis le 14 janvier 2017 un nouveau monument dresse sa haute silhouette place de Catalogne à Perpignan: « Dali en lévitation ». Elle représente le Maître flottant au dessus d’une imposante chaise rouge. La sculpture du personnage est l’oeuvre des Pritchard’s, un couple d’artistes locaux hors normes, qui s’est inspiré de la toile de Salvador Dali  « Le mystique de la gare de Perpignan » exécutée en 1965 et désormais pièce de collection du musée Ludwig à Cologne.

 

 

Ce n’est pas un hasard si le monument a été placé dans l’axe de l’avenue du Général de Gaulle car à son extrémité  se trouve l’édifice dont la seule approche était déjà pour le Maître « l’occasion d’une véritable éjaculation mentale »: la gare de Perpignan. Clin d’oeil commercial sur cette symbolique: la gare de Perpignan était le centre d’expédition vers l’étranger des toiles que Dali  peignait en Espagne et lorsqu’il assistait à l’opération, l’homme d’affaires avisé caché sous l’artiste devait calculer mentalement les fortes retombées financières qui en découleraient. Ce qui expliquerait sa jubilation incompressible.

Sur le plan artistique  Dali est au premier degré l’homme  des déclarations aussi inattendues que jubilatoires sur la gare de Perpignan telles que « ..en ce 19 septembre (1963) j’ai eu à la gare de Perpignan une espèce d’extase cosmologique….J’ai eu une vision exacte de la constitution de l’univers…..qui serait, toutes proportions gardées, semblable par sa structure à la gare de Perpignan » (Salvador Dali, Journal d’un génie).  Déclarations savoureuses, certes, mais de surroît aux retombées économiques non négligeables puisqu’elles  ont contribué et contribuent encore au renom de Perpignan en général et de sa gare en particulier -le centre du monde- bien au-delà de nos frontières.

Dali Le mystique de la gare de Perpignan

Au second degré, »Le mystique de la gare de Perpignan » révèle un Dali bien loin de l’image d’excentrique qui colle à son personnage. Lorsqu’il peint ce tableau de 4 mètres sur 3, en 1965, il est âgé de 61 ans. Après des séjours à l’étranger (Paris, New York) il revient vivre définitivement à Figuères, sa ville natale, en 1949. Touché par le catholicisme il entre dans sa période de « mysticisme corpusculaire » caractérisée entre autres par des éléments en lévitation dans ses compositions. C’est dans cette position -corps flottant, bras en croix et jambes écartées- que l’on retrouve le Maître au centre de la toile (avec même un rappel en haut de la composition), et  aujourd’hui en sculpture place de Catalogne.

Cette statue, qui pourrait très bien passer pour une facétie de son auteur, révèle en fait sa peur de la mort et son devenir dans l’au-delà. Dali nous a quittés le 23 janvier 1989.