Le Web a 30 ans

 

C’est très exactement le 12 mars 1989 que le Web -la Toile- a fait son apparition sur l’internet. Aujourd’hui, cette invention est utilisée à l’échelon planétaire et a complètement bouleversé nos comportements dans tous les domaines de notre vie quotidienne : information, communication, loisirs etc. Pour le meilleur ou pour le pire ? C’est ce que nous allons voir.

 

Bref historique du Web

Le Web est l’invention de Sir Timothy John Barners-Lee, physicien britannique né à Londres le 8 juin 1955. Passionné d’informatique, l’idée lui vient d’étoffer les prestations de l’internet en greffant sur lui un nouveau protocole, une nouvelle application, le World Wide Web ou plus communément le Web.

L’idée initiale de Tim Barners-Lee était de permettre à ses confrères des milieux scientifiques d’échanger leurs informations en temps réel et accessoirement au grand public si intéressé. Il était entendu que son accès devait dans tous les cas être libre, respecter la neutralité et la vie privée des internautes.

De nos jours cette application de l’internet permet, tout comme les messageries et les services de discussion instantanée, de consulter des « pages » sur ses « sites » sur un ordinateur ou un téléphone portable équipé d’un navigateur adéquate. C’est un outil de travail remarquable et très démocratisé uniformément applaudi.

 

Succès planétaire mais objectifs faussés

Le succès de L’invention de Tim Barners-Lee a de quoi laisser rêveur le plus optimiste des créateurs de protocoles : il atteindrait en effet 4,1 milliard d’utilisateurs en mars 2019. Or, contrairement aux souhaits de son concepteur, ce résultat n’est pas seulement le fait d’internautes privés ; il est dû pour une très grande part à quelques ingénieux américains qui ont transformé le Web à la fois en machine à cash et en violeurs de la vie privée des internautes. C’est ainsi que le Web aura contribué à hisser une poignée d’hommes en quasi maîtres du monde en l’espace de trois décennies.

Voici quelques-uns de ces hommes. Jerry Lang et David Filo, créateur de Yahoo en janvier 1994, qui était à l’origine un simple annuaire Web devenu par la suite un portail donnant accès à une foule d’activités dont Yahoo Mail. Sergeï Brin et Larry Page qui trouvent la solution au problème qui se posait alors pour le Web : organiser l’information. En septembre 1998, ils créent le moteur de recherche Google, outil qu’ils ont su exploiter au point d’en obtenir un colosse de la publicité en ligne. En février 2004, Mark Zuckerberg lance Facebook. Jeff Bezos, le petit libraire en ligne de 1994 devenu un géant de l’e-commerce avec Amazon.

Il est à noter que les entreprises ci-dessus font partie du GAFAM, sigle désignant les entreprises qui profitent du Web pour conquérir le monde. Pour Tim Barners-Lee les résultats du Web en terme de consultations pulvérisent ses prévisions les plus optimistes mais en revanche il constate que le Web s’est détourné de son idéal original. De social il est devenu une boîte a cash au profit d’une minorité qui l’utilise sans bourse délier. De surcroît, en dehors de opérations commerciales qu’elles exécutent légalement ces entreprises vendent des listes d’adresses ciblées qu’elles obtiennent à partir des données fournies par les internautes bafouant ainsi allègrement le droit à la liberté.

 

Tim Barners-Lee prépare la riposte

Âgé aujourd’hui de 64 ans, le géniteur du Web constate  les dérives de son enfant mais ne baisse pas les bras pour autant, bien au contraire. Lucide, il voit 3 problèmes qui empêchent le Net de « réaliser son vrai potentiel d’outil au service de toute l’humanité » : les fausses nouvelles, la publicité politique et l’usage abusif de données personnelles.

« Il n’est pas trop tard pour changer le Web » affirme-t-il. Il a d’ailleurs déjà édicté un « contrat pour le Web » une sorte de guide de bonne conduite à l’usage des entreprises et plus particulièrement celles de la Silicon Valley où se trouvent celles qui manipulent le plus le Web.

A l’autre extrémité de la chaîne, c’est le vivier du Web, c’est-à-dire les internautes, qu’il veut reconditionner. Pour cela, Tim Barners-Lee part du principe que les internautes devraient avoir le contrôle de leurs données car ils ne se rendent pas compte du pouvoir que cela pourrait leur conférer.

Garder le contrôle des données et être assuré de leur traçabilité à tout moment va devenir possible au moyen du logiciel « Solid » actuellement en voie de développement. L’originalité de ce logiciel est la décentralisation du Web, c’est-à-dire que l’interopérabilité disparaît. En clair, un utilisateur de Messenger et un utilisateur de WeChat seront censés communiquer sans utiliser la même application ce qui devrait mettre un frein aux fuites de données.

 

Qu’attendre du Web ?

Dans l’attente de le mise de Solid sur le marché, Tim Barners-Lee est à notre avis le mieux placé pour répondre à cette question lorsqu’il déclare : « A mesure que le Web remodule notre monde nous avons la responsabilité de nous assurer qu’il est reconnu comme un droit humain et construit pour le bien public ».

 

Sources : Le Figaro Economie du 11/03/2019, le Monde et l’internet

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