Météo France piégée par l’épisode cévenol?

Illustration: photo La Dépêche

L’épisode cévenol, ce phénomène climatique qui affecte tous les ans vers la mi-octobre l’arc méditerranéen et plus particulièrement sa partie occidentale -où se situent les Cévennes- aura en cet automne 2018 particulièrement meurtri le département de l’Aude. Les pluies torrentielles qui se sont abattues sur lui auront été la cause de 14 décès et de dégâts considérables. Et comme en France dans de telles circonstances on met un point d’honneur à désigner un coupable, c’est la météo qui a recueilli le plus de suffrages.

 

La météo et Météo France en deux mots

Nous sommes quasiment devenus les esclaves de la météo. Elle nous conditionne. On la vénère, on la respecte, on y croit aveuglement. Elle est devenue la préoccupation n°1 des Français. On ne saurait amorcer la moindre conversation sans y faire allusion. Elle a ses grands prêtres et surtout ses grandes prêtresses dont on ne raterait pour rien au monde les prédictions. Les journaux télévisés du soir qui les suivent auraient nettement moins d’audience sans cette mise en bouche de premier choix.

Chez nous les prévisions sont assurées par Météo France, un établissement public crée par décret du 18 juin 1993. La direction générale se trouve à Saint Mandé (94) et la direction technique à Toulouse. L’établissement emploie 3700 agents dont les trois quarts sont des techniciens. Son budget de fonctionnement est de l’ordre de 400 millions €. Les prévisions « de la télé » ne représentent qu’une petite partie de l’activité de Météo France qui en fourni de beaucoup d’autres spécifiques, notamment à l’aéronautique et à la marine. Toutes ces prestations se veulent  de qualité.

L’intérêt de nos concitoyens pour les bulletins météo et le bon travail de Météo France devraient théoriquement mettre cette dernière à l’abri de toute critique sévère mais ce n’est pas toujours le cas.

 

L’épisode cévenole de la mi-octobre 2018

On ne s’attardera pas sur le fait que le Français étant rouspéteur de nature, les prévisions « de la télé » ne parviendront jamais à satisfaire tout le monde. S’il fait soleil, cela convient aux citadins mais pas nécessairement aux agriculteurs en manque d’eau. C’est ainsi.

En revanche, il y a toujours consensus entre citadins et villageois pour se retourner contre la météo en cas de catastrophe naturelle. Les accusations peuvent être plus ou moins virulentes mais celles relatives à l’épisode cévenol de cet automne le sont vraiment. Les Audois jugent en effet inadmissible que ce lundi 15 octobre l’alerte rouge n’ait été déclenchée qu’à 6 heures du matin alors que les cours d’eau débordaient déjà et que la plupart des gens dormaient encore.  Donc, pas étonnant que l’on dénombre 14 victimes. Sans parler des dégâts matériels qui auraient pu être évités si l’alerte avait été donnée plus tôt.

Cet épisode cévenol est regrettable et les plaies ouvertes seront longues à cicatriser. Cependant, sans chercher à disculper Météo France, il faut savoir que la météorologie est encore loin d’être fiable à 100% tant en France qu’ailleurs dans le monde. En temps normal on ne peut vraiment accorder du crédit aux prévisions à terme que sur 48 heures à moins de se trouver dans une période de stabilité atmosphérique telle que celle induite par le fameux anticyclone des Açores. Quant aux prévisions à très court terme, de l’ordre de quelques heures, elles aussi sont difficiles à établir avec précision surtout en période de turbulence comme lors du dernier épisode cévenol. L’équipement sophistiqué dont dispose Météo France est encore impuissant dans ce domaine. Ce qui expliquerait l’heure tardive du déclanchement de l’alerte rouge dans l’Aude. Ou alors aurait-il fallu déclencher plus tôt l’alerte rouge par précaution, mais dans de cas Météo France aurait été la risée du public s’il ne s’était rien passé de spécial. Cruel dilemme.

 

Le facteur humain aggrave les catastrophes naturelles

Il y a toujours eu des catastrophes naturelles et il y en aura toujours et la bonne conscience que nos chers dirigeants souhaitent nous donner -ou plus précisément nous faire payer-  en évitant de polluer la nature ne sont rien par rapport à la puissance des catastrophes naturelles qui ne cesseront qu’avec la fin du monde. En revanche il est tout à fait possible d’atténuer les effets de ces cataclysmes.

Plutôt que d’aller chercher un bouc émissaire pour le consoler de ses malheurs en cas de catastrophe naturelle, l’homme ferait bien de se livrer à un examen de conscience qui lui montrerait qu’il contribue directement à l’aggravation des dégâts de cette catastrophe.

La nature est très bien faite et savait comment s’autogérer. Mais l’homme est arrivé et a voulu la dominer. Il a déboisé, bétonné. Il a souillé. Pas étonnant donc que la nature ne trouve plus ses repères et quelle se rebelle à sa manière en renforçant ses manifestations d’humeur.

L’homme dispose de certains moyens acceptables pour contrôler les soubresauts de la nature ; les digues en sont un bon exemple. Mais c’est insuffisant. Il lui faudrait en particulier reboiser massivement la planète, cesser de construire n’importe où et n’importe comment, respecter le lit des cours d’eau. Alors, les catastrophes naturelles deviendraient moins dévastatrices.

 

Vers une écologie raisonnée

L’homme paie actuellement le prix de s’être trop éloigné de la nature. Et comme la nature sera toujours plus forte que lui, il a tout intérêt à composer, à vivre en harmonie avec elle. Sans renoncer aux nombreux avantages que nous procure le progrès pour revenir à l’état sauvage, il y a un moyen terme à définir.

Une écologie nette de toute idéologie et teinture politique serait une bonne attitude à adopter. Dans cette attente, Météo France affine ses prévisions pour le long terme mais aussi et surtout pour le très court terme -de l’ordre de l’heure, voire de la minute. Lorsqu’elle y sera parvenue, elle pourra jouer à fond le rôle qui lui est dévolu : prévenir avec exactitude en temps réel.

Alors, l’épisode cévenol sera moins redoutable et moins redouté.

Comments

  • c’est une très bonne analyse cher ami fureteur, je suis complètement d’accord avec tout ce qui a été cité.
    Du bon travail d’observation.
    Merci

  • Merci, chère amie internaute.
    Je suis heureux que vous ayez trouvé cet article d’actualité intéressant.
    Cela m’incite à en produire d’autre de la même lignée.
    Et vos commentaires seront toujours les bienvenus ainsi que vos critiques car ces dernières sont toujours constructives.

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