Mon docteur le Vin

Il est presque devenu politiquement incorrect aujourd’hui de reconnaître que l’on trouve du plaisir à déguster un verre de bon vin, comme si nous devions avoir honte d’honorer le produit d’une de nos richesses nationales mondialement reconnue, la viti-viniculture. Voici un moyen bien simple de nous déculpabiliser : en lisant MON DOCTEUR LE VIN publié en 1936. Il s’agit d’une plaquette grand format comportant 19 planches dont le texte est dû à des personnalités de l’époque (surtout des médecins) et les illustrations à Raoul Dufy l’ensemble étant préfacé par…. le maréchal Pétain.

 

Pourquoi ce titre MON DOCTEUR LE VIN ?

Parce que ses préceptes « vieux comme le monde sont justifiés chaque jour davantage par la Science ».

Le clou est enfoncé dès la préface manuscrite du maréchal Pétain signée et datée 27 juillet 1935. On ne saurait trouver matière à polémique sur la personnalité de son auteur dans ce texte où il ne fait que constater le rôle bénéfique du vin sur nos soldats lors de la 1ère guerre mondiale :

« Pour se procurer du « pinard » le poilu bravait les périls, défiait les obus, narguait les gendarmes. Le ravitaillement en vin prenait à ses yeux une importance presque égale à celle du ravitaillement en munitions.

Le vin a été pour les combattants le stimulant bienfaisant des forces morales comme des forces physiques. Ainsi a-t-il largement concouru, à sa manière, à la Victoire ».

 

« Essence de joie et de santé, extrait d’humeur gauloise, reflet du doux pays de France »

Cette définition du vin par Raymond Poincaré donne le ton général de la plaquette dans laquelle quelque 30 personnalités de l’époque ce sont exprimées. Ces personnalités sont majoritairement des membres du corps médical dont un tiers de professeurs. La plupart sont français mais il y a aussi des étrangers. Leurs déclarations sont en général le fruit d’observations ou d’expériences faites sur leurs patients ; elles revêtent donc un caractère scientifique. En voici quelques exemples.

« L’homme des villes et des campagnes peut et doit, pour son plus grand profit, comme pour la richesse du pays, boire en sa journée, en mangeant, son litre de vin naturel » (Dr. Landouzy). « Dans les maladies infectieuses, fièvres éruptives, fièvres intermittentes, fièvre typhoïde, le vin est un excellent moyen prophylactique et même curatif » (Dr. Peton). « Le vin blanc, en particulier, qui contient une quantité considérable de tartrates, est un diurétique puissant » (Dr. Bazerolle). « Le vin, lorsqu’il est pris en quantités raisonnables, retentit aussi bien sur le moral que sur l’activité et la puissance de production des muscles » (Dr. Alquier). « Le vin porte avec lui la gaîté, la force, la jeunesse, la santé. C’est du soleil en bouteilles » (Prof. Pierret).

Il est à souligner qu’en aucun cas ces médecins poussent à la consommation irraisonnée du vin. Bien au contraire, ils condamnent formellement l’alcoolisme dont les ravages sont « effrayants » comme le déclare le Prof. Gautier et qui s’empresse de préciser que « les buveurs de vin ne sont pas des buveurs d’alcool. Dans les pays vinicoles son trouve très peu d’alcooliques ».

 

Des aquarelles de Dufy en illustration

Lorsqu’il peint les 19 aquarelles de la plaquette, Dufy, né en 1877, a 58 ans. C’était quelques mois avant qu’il ne ressente les premiers symptômes de la polyarthrite rhumatoïde dont il faillit mourir en 1941. C’est un docteur de Perpignan qui lui sauva la vie et lui offrit l’hospitalité pendant une dizaine d’années. Il mourra finalement à Forcalquier en 1953, à 76 ans.

La peinture de Dufy a toujours été jeune, vive, spontanée voire exubérante et pouvant paraître inachevée même si du fait de sa maladie handicapante et douloureuse il devait souvent peindre avec un pinceau attaché à sa main. A partir de 1926, il se rend compte que l’esprit enregistre plus vite la couleur que le contour. Dès lors il compose à partir de larges traits ou de grosses taches de couleur vive sur lesquelles il greffe un dessin. Les aquarelles de Mon docteur le Vin sont de cette veine.

Pour l’anecdote, Dufy est l’auteur de la plus grande peinture existant au monde. Il s’agit de la Fée Electricité exécutée à l’occasion de l’exposition universelle de 1937. Cette œuvre se trouve désormais au musée d’Art Moderne de Paris.

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Madame Agnès Buzyn, actuelle ministre de la Santé, plutôt que de stigmatiser le vin, mettez-en donc un peu de vin dans votre eau en lisant cette plaquette frappée au coin du bon sens. « Devant la mauvaise foi de ces gens qui accusent le vin d’être un alcool dangereux pour la sécurité et la santé publiques, on se sent aussi désarmé que devant un automobiliste qui démontrerait l’imprudence de circuler sur une route bordée d’arbres parce qu’on risque la collision à chaque tour de roue ! » (Pierre Poupon, Pensées d’un dégustateur).

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