Mondialisation et nationalisme

 

 

Notre planète vit actuellement sous l’influence de deux mouvements dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’ont guère d’atomes crochus en commun. D’un côté, la mondialisation basée sur le libéralisme économique, le libre-échange, la libre circulation des personnes des marchandises et des capitaux ainsi que la lutte contre le changement climatique. De l’autre, le nationalisme (fortement apparenté au populisme) qui préconise l’arrêt de l’immigration, la préférence nationale, le protectionnisme économique et un intérêt limité pour le changement climatique. De quel côté va pencher la balance ? That is the question d’autant plus d’actualité que nous traversons une période de turbulence en raison du comportement de MM. Trump et Johnson qui ne font pas précisément confiance à la mondialisation.

 

Forces et faiblesses de la mondialisation

La mondialisation n’est pas un phénomène récent mais c’est après le seconde guerre mondiale qu’elle a véritablement commencé à prendre corps pour atteindre aujourd’hui une taille colossale. Par exemple, c’est elle qui nous permet d’acheter à un prix intéressant des biens de consommation fabriqués en Chine, en tenant compte que derrière ces produits made in China il peut très bien y avoir une licence française et des investissements américains. Mais la mondialisation revêt bien d’autres aspects que le point de vue économique, développement des échanges de biens et de services.

Citons parmi les plus importants l’aspect financier avec la globalisation des marchés ; l’aspect politique, représenté par le développement d’organisations internationales et d’ONG ; l’aspect sociologique, engendré par les nouvelles données économiques ; l’aspect culturel, pour prendre conscience de la diversité des cultures du monde ; l’aspect géographique, pour hiérarchiser les territoires ; l’aspect managérial, pour localiser les fonctions des multinationales ans le monde en fonction du critère du prix de revient.

Remarque importante : la forme actuelle de la mondialisation repose sur deux facteurs essentiels : la faiblesse des coûts de transport en comparaison des autres composantes des prix de revient et la baisse du coût des communications et à leurs performances accrues grâce à l’informatique et à l’internet.

Vu le contexte, on pourrait croire que rien ne peut faire obstacle à la mondialisation et qu’elle a le champ libre pour prospérer à sa guise. Dans un sens, c’est vrai. Par exemple, sur le plan économique, les pouvoirs publics ne peuvent opposer aucune résistance à l’invasion des multinationales qui désormais se substituent à eux ; la mondialisation affaiblit les pouvoirs locaux. Quoiqu’il en soit le peuple, lui, gronde en constatant qu’il ne peut exercer son droit de souveraineté sur les décisions prises. Ainsi, l’apparente force de la mondialisation se transforme en faiblesse en ouvrant la porte au nationalisme.

Autre exemple pris dans la vie quotidienne. La mondialisation offre les techniques à la mode à tout le monde. Téléphones portables, réseaux sociaux font fureur partout. Le virtuel prend peu à peu la place du réel. Mais la technique ne saurait remplacer la culture, et l’on assiste à une désorientation personnelle, au décrochage scolaire, à la déprise sociale. Et voilà une nouvelle porte ouverte au nationalisme.

Enfin, la mondialisation n’est pas source de paix comme l’affirment certains néolibéraux. Le libre échange provoque nécessairement des conflits entre pays parce qu’il provoque des écarts de revenus et de bien-être entre catégories d’une même population. II peut même générer des violences.

Sans oublier non plus que la mondialisation a ouvert la porte à des trafics divers et variés notamment au commerce des armes, de la drogue, des produits contrefaits sans parler de la prostitution et du trafic d’êtres humains.

 

Le nationalisme : une maladie mentale ?

C’est du moins ce qu’en pense Maxime Rodinson après avoir constaté que lorsqu’il dépasse le stade de la défense le nationalisme devient aisément un « narcissisme collectif ». Bien que pouvant paraître forcé, le trait montre que le nationalisme s’avère être un mouvement très fédérateur et fort.

Dans une analyse sur la résilience du nationalisme en Europe, Alain Dieckhoff et Christophe Jaffrelot estiment que cette force est incontestable à trois niveaux :

* Attachement des citoyens à leur identité nationale. Une preuve entre autres : l’énorme taux des abstentions lors des élections européennes ainsi que le non de la France (et de la Hollande) au référendum sur le projet de traité constitutionnel européen. Même si certaines élites évoluent ans un environnement européen, voire mondial, la grande majorité des citoyens préfère continuer à évoluer en milieu national.

* Hostilité à l’égard des immigrés. Problème que nos dirigeants se refusent à aborder.

* Emergence de mouvements nationalistes séparatistes régionaux. Ce sont en France ces Bretons, ces Corses et autres Basques qui expriment eux aussi leur besoin d’identité au niveau régional. Ils donnent ainsi du poids au mouvement nationaliste de tout le pays dans les négociations internationales.

Tant que l’on n’aura pas pallié les effets négatifs de la mondialisation, les tenants du protectionnisme continueront à faire parler d’eux en jouant sur la peur et sur le chauvinisme. Ce sont ces arguments qu’utilisent actuellement MM. Trump et Johnson.

 

Réaménagement de la mondialisation : l’OMC

La mondialisation induit le nationalisme. Il est patent que le nationalisme puise ses forces dans les faiblesses de la mondialisation. En d’autres termes, le nationalisme se rationalisera dans la mesure où la mondialisation s’amendera. Et la tâche est ardue car la mondialisation est en réalité en état de faiblesse. Il suffit de voir la facilité déconcertante avec laquelle M. Trump la contourne pour mener sa politique commerciale personnelle.

C’est en effet surtout sur le plan économique qu’il y a urgence à intervenir. Dans la foule des organismes officiels crées dans le cadre et autour de la mondialisation l’organisme qui fait autorité en la matière est l’OMC, ou Organisme Mondial du Commerce, institution spécialisée de l’ONU fondée en 1995, et basée à Genève. C’est cet organisme que M. Trump vient de menacer de quitter et que les participants au récent G7 de Biarritz ont déclaré vouloir « changer en profondeur afin d’être plus efficace….et d’éradiquer les pratiques commerciales déloyales ».

Que se passe-t-il donc de si grave actuellement au sein de l’OMC ? Statutairement, son rôle est quadruple :

*Servir de cadre propice et adéquat aux négociations commerciales

*Servir de médiateur ou d’arbitre dans les litiges entre les états membres

*Renforcer le pouvoir des pays en voie de développement

*Examiner les politiques commerciales dans le monde.

Le hic est que l’OMC s’est laissée dépasser par les événements : émergence des nouvelles grandes puissances de la Chine et de l’Inde, des tensions commerciales croissantes, l’apparition du commerce en ligne, la montée des mouvements tiers mondialistes notamment, et que sur le plan interne son système de vote par consensus est devenu obsolète vue le nombre de pays membres.

En urgence, il faudrait conférer à l’OMC le pouvoir d’élaborer des règles et de faire respecter ces règles pour faire en sorte que « le libre échange devienne juste échange » selon les termes de M. Lemoine, Secrétaire d’état au ministère des Affaires étrangères. C’est l’avenir même de l’OMC qui est en jeu.

 

Une période de transition déterminante

Actuellement donc, la balle est dans le camp de l’OMC qui, malgré ses imperfections, a encore de nombreux supporters. Ceux-ci considèrent que la mondialisation est et restera un facteur de progrès économique et social incontournable. Par exemple, un grand nombre d’organisations patronales américaines se sont publiquement opposées à l’escalade protectionniste en cours au motif que « l’escalade des mesures douanières ne pourrait que porter préjudice aux intérêts économiques états-uniens ».

Le nationalisme, lui, est à l’affût de la moindre « faute » de la mondialisation pour conforter sa résilience. Il ne se rationalisera qu’en fonction de l’éventuelle remontée en puissance de la mondialisation.

Entre les deux, les états, seuls ou en groupe, bien qu’affaiblis, se rendent compte qu’ils doivent changer leurs méthodes de développement pour sortir de la crise et répondre aux besoins mondiaux. C’est l’une des tâches de l’Union économique européenne dans l’ensemble pro mondialisation.

Dieu sait ce que l’avenir nous réserve, mais dans tous les cas une chose est certaine : les multinationales ont su tirer profit de la mondialisation pour asseoir leur emprise dans le monde et assurer leurs arrières même en cas de dissolution de l’OMC. Ce sont elles les seules et grandes gagnantes de toutes ces tractations.

Quant aux modestes citoyens que nous sommes pour la plupart, nous n’avons pas tellement le choix sinon de nous adapter au monde qui nous entoure.

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