La réalité virtuelle

En matière d’oxymore, la référence était encore récemment « cette obscure clarté qui tombe des étoiles », mais cette référence cornélienne est désormais supplantée par la beaucoup plus contemporaine « réalité virtuelle ». Nous sera-t-elle bénéfique comme elle le fut pour Don Rodrigue pour défaire les Mores qui voulaient s’emparer de Séville ?

 

Un pont entre la réalité et l’informatique

La réalité virtuelle ou VR, (Virtual Reality) qui est le sigle international utilisé pour la désigner, est la version plus élaborée de la « réalité augmentée » dans laquelle on se contente d’ajouter des éléments virtuels dans un environnement réel. En comparaison, la VR est une technologie qui permet de plonger l’utilisateur dans un monde numérique. Mais dans les deux cas un équipement spécial est obligatoire qui comprend obligatoirement des lunettes ou un casque et accessoirement toute une panoplie d’instruments, donc un investissement qui peut commencer à une cinquantaine d’euros mais très vite atteindre des sommes non négligeables.
En l’état actuel des choses, c’est l’industrie des jeux vidéo qui est la plus grosse utilisatrice de la VR mais progressivement tous les secteurs de l’économe s’y intéressent. En médecine, par exemple, la VR est utilisée pour vaincre certaines phobies : peur des araignées, de l’avion…Dans le secteur de l’automobile, un acheteur potentiel peut obtenir tous les renseignements voulus sur les voitures qui l’intéressent et peut même se mettre au volant et les essayer sur route en toute objectivité car sans vendeurs pour l’influencer. Comme on peut s’en douter, l’industrie cinématographique est très fortement intéressée par la VR mais elle doit se contenter pour l’instant de films très courts car l’investissement en matériel de réalisation pour un long métrage est colossal, ne serait-ce qu’en raison de la quantité de caméras pour les prises de vue et le montage de ces dernières.

 

Une technique perfectible

Sous ses aspects séduisants, la VR cache des faiblesses dont son utilisation à la fois peu souple et onéreuse. Peu souple car elle nécessite une certaine infrastructure et onéreuse du fait des éléments composant cette infrastructure ; elle n’est pas encore démocratisée. De plus, les contenus ne sont pas encore de très bonne qualité.
Sur le plan médical le port d’un casque est déconseillé sur une longue période car il peut engendrer des maux de tête. La vue et l’ouïe peuvent aussi être affectés, perturbés par des images ou des bruits auxquels l’organisme n’est pas habitué. Et bien sûr, on n’est jamais à l’abri d’une nausée intempestive.
Enfin, sur le plan déontologique, on constate que plus la VR progresse moins elle laisse de place à la réalité vraie, la réalité palpable. Avec elle, la machine empiète de plus en plus sur notre intelligence. Nous sommes déjà suffisamment assaillis par le virtuel dans notre vie quotidienne pour en vouloir encore plus. Nous sommes de plus en plus déconnecté du réel sans être sûr que ce que l’on nous présente est crédible.

 

Un avenir à définir

La VR en est encore à ses tout débuts ce qui explique qu’elle parte un peu dans tous les sens dans un joyeux désordre. Mais on peut tout de même discerner deux orientations principales, l’une réaliste, objective ; l’autre fantaisiste, artificielle. Dans la première se trouve tout ce qui peut apporter un plus par rapport à ce que nous connaissons aujourd’hui notamment dans le domaine de la santé, de l’industrie, des transports…C’est le monde du travail et du bien-être. Dans la seconde, la porte est ouverte aux réalisations les plus extravagantes, les plus déroutantes pour nos esprits cartésiens. C’est le monde du divertissement.
Il est aussi à souhaiter que l’on trouve une solution pour alléger les équipements nécessaires à la production, à l’émission et à la réception de la VR. Quand on voit le matériel que portent les amateurs d’immersion totale dans la VR, on se demande si l’on n’a pas plus affaire à des martiens qu’à des êtres humains.
Et à ce propos que devient l’être humain en ce début de grand chamboulement ? La sagesse voudrait qu’il garde raison, qu’il évite de se laisser emporter, d’en vouloir encore plus. Qu’il se comporte donc comme Don Rodrigue qui, bien qu’avide d’exploits, savait se réserver du temps pour retrouver Chimène.

 

Source illustration: 20 minutes / ©Blandine Soulage Rocca

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